Par Alexis Fréchette, prof en liberté

Alexis est un jeune enseignant qui a fait le grand saut en déménageant à la Baie-James, charmé par la région pendant sa participation à la websérie «Cap vers la Baie-James». Avec son journal de bord, on l’accompagne dans cette aventure qu’est la découverte de son nouveau milieu de vie.

Quitter le confort que l’on s’est créé dans une ville ainsi que notre cercle d’amis et notre famille, ce n’est jamais un choix qui est facile à faire, surtout lorsqu’on part seul. Que ce soit pour l’appel de l’aventure, pour améliorer sa qualité de vie ou tout simplement pour changer d’air, les raisons de se faire un nouveau chez-soi sont différentes pour chacun, mais on partage tous les mêmes défis.

Lors de mes deux premières semaines, je n’avais pas vraiment le temps de penser à quoi que ce soit. J’arrivais dans une espèce de grand branle-bas de combat, entre le peu de temps que j’ai eu pour me préparer à ma migration en région et l’appropriation d’un nouveau travail dans un nouveau milieu de vie. Comme je l’ai mentionné dans mon premier article, tout a déboulé tellement vite. Par chance, j’étais épaulé par mes collègues qui me proposaient souvent leur aide en voyant ma classe remplie de boîtes de livres et mon air un peu découragé.

Le jour où j’ai défait ma dernière boîte, placé le dernier livre sur son étagère et arrangé ma classe comme je le voulais, j’ai eu un soupir de soulagement… Enfin!

Par contre, à ce moment-là, un étrange sentiment a commencé à m’envahir… Qu’est-ce que je fais maintenant? Pendant mes deux premières semaines à Chibougamau, j’étais sur le pilote automatique, et maintenant, j’étais seul avec moi-même.

Pendant le tournage de la websérie, on a visité un peu la ville de Chibougamau et les écoles, mais une fois sur place, avec plus qu’une ou deux journées pour faire le tour de la ville, je ne savais pas quoi faire pour m’occuper et je commençais à tourner en rond. Et ça s’adonne qu’on a beaucoup de temps libre pour tourner en rond quand on ne passe pas une heure et demie par jour dans le trafic pour se rendre au boulot et en revenir.

Évidemment, la chose logique à faire a alors été de simplement aller dehors. Ben oui, juste ça! C’est un des avantages de vivre dans une région nordique entourée de forêt et de montagnes : la nature est proche!

Quand je dis proche, je veux dire très proche : j’ai littéralement un parc régional à moins de 5 minutes de marche de chez moi. Tiens, dans tes dents région urbaine avec tes sols en béton et tes tours froides!

Le parc régional Obalski, c’est un peu plus d’une trentaine de kilomètres de sentiers et tu en as pour tous les niveaux et tous les sports. Que tu décides d’y aller à pied tranquillement pour profiter du bon temps ou en vélo de montagne pour te dépasser, tu vas trouver tout ce que tu veux. En plus, si t’es du genre à aimer prendre des photos pour ton Instagram (IG pour les intimes), tu vas être servi par tout ce qui t’entoure, mais surtout par la superbe vue au sommet du mont Hélios.

Cependant, lors de toutes ces belles sorties-là, je te conseille aussi de prendre le temps de t’arrêter un peu pour découvrir les trésors de la forêt boréale. Certains sentiers t’emmèneront dans le brûlis du feu de forêt de 2005. La flore qui habite ce coin du parc en a été changée complètement. Des bleuets, du thé du Labrador, du petit thé des bois et des quantités impressionnantes de champignons s’y cachent. Alors là, tu pourras prendre le temps d’admirer la nature et de te dire : « Wow, c’est ma cour arrière ça! »

Pouvoir profiter de ce magnifique territoire est une chance incroyable. Par contre, on ne se le cachera pas, quand tu décides de migrer seul, t’as bien beau avoir un des coins de pays les plus beaux, un jour ou l’autre tu vas ressentir un sentiment de solitude et un petit mal du pays. Comment vont évoluer tes relations avec tes amis qui sont maintenant à plusieurs centaines de kilomètres? Et ta famille, elle? C’est une petite crainte qui nous reste dans le coin de la tête.

Eh bien, en fait, l’effet de l’éloignement sur les relations avec ma famille a été très positif. Quand on habite dans la même ville, on ne prend parfois pas le temps qu’on devrait pour nos parents, nos frères, nos soeurs, mais avec le sentiment d’éloignement on dirait qu’on veut plus reconnecter avec eux.

Et les amis eux? La distance agit comme une sorte de filtre. Tu vas sûrement perdre de vue quelques personnes, ce qui n’est pas trop grave, car ce sont ceux qui restent qui sont importants. Au début de l’année scolaire, je retournais à Québec lorsque j’en avais le temps, et chaque fois, les moments que je passais avec mon cercle d’amis étaient nettement plus significatifs. J’ai été encore plus surpris et touché quand ils m’ont dit : 

« Attends-nous, on s’en vient! » Ces amis fantastiques sont venus me rejoindre le temps d’une fin de semaine remplie de beaux moments et de plaisir en Jamésie.

Alors à toi, la ou le jeune enseignant qui songe quitter la ville pour aller t’installer au-delà du 49e parallèle : inquiète-toi pas, les gens ne vont pas t’oublier juste parce que tu habites maintenant dans le Nord.

En plus, les gens d’ici sont tellement chaleureux et accueillants que ce sentiment de solitude va rapidement se dissiper.

Pour lire les autres articles d’Alexis:

#1 Comment Frodon m’a convaincu de m’installer à la Baie-James.
#3 S’impliquer sans limite
#4 À la croisée des chemins: partir ou rester?

Visionner la websérie «Cap vers la Baie-James»

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